26 mars 2010

Ton amoureuse

Il est temps de poser mes jouets et tremblements
Il est temps de sécher nos larmes pour sourire aux autres terres
Il est temps de partir en voyage, courageuse et rêveuse et jolie

Il est temps d'enlacer joyeuse ma bague promise
Il est temps de laisser dormir nos questions têtues
Car les questions importantes n'ont pas de réponses
Il est temps de cesser les doutes insistants
Car les doutes bouleversent nos regards

Ma vie ma très ancienne
Il est temps de marcher doucement sur nos rêves à deux
Il est temps de convoquer le fol espoir
Il est temps de toucher le ciel et de dormir amoureusement

Oui je suis l'amoureuse de l'amour velours
Jadis j'ai prié fort pour écouter nos chants soyeux
Et les arbres penchent maintenant pour sourire
Le soleil est grand et sincère et les caresses sont longues
Même tous les matins du monde contient notre espoir
Car tu es et seras toujours mon rendez-vous suprême

Ma jeunesse

Dans ma jeunesse il y a des rues dangereuses
Dans ma jeunesse il y a des villes moroses
Des fugues au creux de la nuit silencieuse

Dans ma jeunesse quand tombe le soir
C'est la course à tous les espoirs
Je danse toute seule devant mon miroir

Mais ma jeunesse me regarde
sérieuse elle me dit:
"Qu'as-tu fait de nos heures?
Qu'as-tu fait de nos heures précieuses?
Maintenant souffle le vent d'hiver"

Dans ma jeunesse il y a de beaux départs
Mon coeur qui tremble au moindre regard
L'incertitude au bout du couloir

Dans ma jeunesse il y a des interstices
Des vols planés en état d'ivresse
Des atterissages de détresse

Mais ma jeunesse me regarde sévère
Ele me dit:
"Qu'as-tu fait de nos nuits?
Qu'as-tu fait de nos nuits d'aventure?
Maintenant le temps reprend son pli"

Dans ma jeunesse il y a une prière
Une prouesse à dire ou à faire
Une promesse, un genre de mystère
Dans ma jeunesse, il y a une fleur
Que j'ai cueillie en pleine douceur
Que j'ai saisie en pleine frayeur

Mais ma jeunesse me regarde cruelle
Ele me dit: "C'est le temps du départ"
Je retourne à d'autres étoiles
Et je te laisse la fin de l'histoire.

Precious him

I've got a beauty mark
written on my skin
close to my heart
my favourite part
my beauty mark

I keep it out of sight
safe from the world outside
this old battle scar
this secret part
my beauty mark

this little death
this mark of sin
forever printed on my skin

I'll keep it for you

this hidden place
this private part
this secret door into my heart

I'll keep it for you

this precious jewel
this darling bud
this tiny resevoir of blood

my beauty mark
i'll keep it for you

25 mars 2010

A Pippa Lee

Il y a des films pour les hommes et d'autres pour les femmes. "Les vies secrètes de Pippa Lee" est un film de femme pour les femmes. Dans ce film, tout être masculin est un prisme nécessaire, une mise en abîme nuancée pour mieux sonder les vagues émotionnelles féminines. Les femmes ne peuvent vivre sans les mâles, ne serait-ce pour la précieuse connaissance qu'elles puisent en eux pour s'en nourrir en retour. Si la femme est la couleur de l'homme, ce dernier est le pinceau de la femme.

De quoi parle ce film? De Pippa Lee. Pippa Lee: un prénom exotique habillant une âme "bonne". Oui, sans conteste, Pippa est "bonne": femme dévouée à son mari éditeur âgé ainsi qu'à ses enfants adultes, Pippa jamais ne se plains de la froideur de son mari ni des moqueries de sa fille. Elle évolue silencieusement comme une sainte dans un environnement bourgeois et fade. Et pourtant quelque chose est en train de se produire: Pippa est somnanbule. Manger des gâteaux assise dans la cuisine toute blanche comme un animal ou prendre la voiture en nuisette sans savoir où aller: Pippa vit son somnanbulisme comme une femme qui a peur d'elle-même. Mais voyons le bon côté des choses: il vaut mieux être somnambule que sénile. Le somnambulisme se révèlera comme son fil d'Ariane pour la conduire vers le terrain des souvenirs d'enfance, où se mêlent déchirure et culpabilité vis-à-vis de sa mère, Suky.

La mémoire est un océan intriguant où viennent s'échouer les fantômes de toute sorte. Celle de Pippa est intimement liée avec les humeurs imprévisibles de sa mère, Suky. La vie de Suky est une photographie assez représentative des années 50. C'est la période baby-boom où on repeuple la pyramide des âges: Suky a 5 enfants, dont Pippa est la seule fille. C'est aussi la période de la chrétinneté contre le communisme ("bad religion"), où la population recherche dans la hauteur de la foi l'aide pour fuire les frustrations de la guerre et le sang encore frais. Le mari de Suky est prêtre: cela explique en partie la fuite ennuyée de Suky devant un dîner familial. Enfin, c'est aussi la période où la gent féminine n'ose encore se poser des questions personnelles, qui sont (trop) souvent négligées par les occupations du foyer. C'est ainsi que Suky a vécu: entre prise de cachets et occupation de la machine-foyer, elle se fabrique un plein pour se cacher du vide qui l'entoure. Suky mourra d'un infractus devant sa télé.

Ce qui me touche chez Pippa, c'est sa douceur fragile, sa bonté pleine, sans fards. La bonté est parfois résignée. Mais chez Pippa, la bonté est sa force, un don cher payé pour préserver l'équilibre de son environnement. Autre chose qui me touche chez cette bourgeoise "tranquille": son sentiment de culpabilité. Elle se sentait coupable du mal-être de sa mère, des rebellions de sa fille et du cynisme de son mari. Sa culpabilité l'aide à donner le meilleur d'elle-même, aussi étrange que cela puisse paraître. Selon moi, toute femme dévouée est une guerrière qui s'ignore. Lorsqu'elle apprend que son mari, malgré son âge avancé, couche avec Sandra, l'une de ses meilleures amies, Pippa n'est pas en colère; elle se sent même grandement libérée. Car désormais, par la faute du mari, elle se libère du poids des années de vies secrètes et de la tiédeur de son couple. Elle se libère de la culpabilité.

Pippa et moi avons des points communs. Nous sommes toutes deux angoissées par des questions lourdes qui remontent jusqu'aux cicatrices non résolues de l'enfance. Pippa a dédié sa vie à sa famille mais ses vies secrètes sont un mystère pour ses proches. D'ailleurs, quel homme oserait prétendre connaître les recoins de l'âme féminine? J'ai 27 ans et pourtant une question se pose bruyamment: le mariage est-il une affaire de volonté ou d'amour? Si c'est une affaire d'amour, pourquoi les gens mariés finissent se laissent aller, à ne plus vouloir séduire l'autre, tout simplement? Et si le mariage est une affaire de volonté comme a le slogan de Pippa Lee, que peut-on faire lorsque la volonté finit par s'épuiser?

Au fur et à mesure que je grandis (vocabulaire plus optimiste que vieillir), je me laisse façonner par les limes du Temps et de l'expérience. C'est douloureux; mais je dois l'accepter. Se laisser coiffer par le peigne de l'expérience, c'est douloureusement nécessaire. Ma jeunesse m'interdis encore d'accepter le compromis. Mais je sais que je change, que tôt ou tard, je finirai par comprendre qu'être femme est une question de volonté. Tout comme l'amour.

Combien de temps serai-je encore jeune? A qui pourrais-je confier mes vies secrètes à mon tour? Je l'ignore. Ma jeunesse est sans doute une peau de chagrin, glorieuse et autoritaire.

23 mars 2010

Lettre ouverte à M.


M.,

Le printemps s'ouvre à moi comme à personne. Le bourgeons timides encore, les oiseaux revenus de leur long voyage, alors je sens que tous les matins du monde sont devant moi. Maintenant, ici est ma seule prise.

Le ciel est bleu et je pense à toi. Suis-je toujours la petite fille amoureuse des espiègleries qui grandit, parfois surprise par elle-même, dans son corps de jeune femme? Les angoisses se font plus discrètes lorsque le soleil est clément, dès alors j'ai envie de me livrer et laisser ma peau parler. Ton amour m'apprend à me déshabiller des couches rigides de ma carapace: non, je ne retiendrai rien. Je veux tout te donner. Le nectar de ma jeunesse sur une feuille verte. De toi, il y a encore des mystères à sonder, des questions têtues à savoir abandonner. Restons sur la route. Enlace moi. Trop tôt pour se promettre l'éternité. J'apprends à regarder le Temps en face. Rien ne sert de tout réclamer, de tout retenir.

Vivons tant qu'il est temps, c'est bêtement simple, si nécessaire pourtant. Maintenant, ici: nous grandissons et cherchons le chemin de la maison. De notre maison.

22 mars 2010

à M.


Le Temps m'a toujours fait peur, une angoisse à la fois délicieusement nécessaire et pourtant si mal assumée. Tic tac, tic tac et c'est un monde de souvenirs vaporeux qui tentent de prendre forme. Le Temps, le passé, le futur incertain: un seul fil nous guide, celui de la mémoire. Cruel outil; dangereuse boîte de Pandore. Mes parents vieillissent: je le vois à la peau de leurs mains veineuses fragile et si fine. La transformation est subtile et s'empare de nos corps sans faire de bruit. Le Temps ne laisse personne sur le quai: pas même les accoucheurs de nos petites vies.

Je n'y peux rien: les chevaux fous du cadran sont lâchés et les heures partent comme des pétales emportées dans la course du vent. Qu'y-a-t-il dans une heure? Des sons, des mots et des odeurs. Les heures de mon enfance aux souvenirs si flous se sont remplies d'imagination d'une fillette rêveuse et aimant partout la couleur blanche. J'ai gardé mon affection pour la couleur blanche faute de pouvoir sauver les rêveries de mon enfance. D'où vient cette jubilation muette devant l'autorité élégante du blanc: mystère. Je me souviens des dimanches matins à me tordre, toute jeune et rieuse, toute entière dans les draps propres et blancs sur le grand lit de mes parents... Je me souviens aussi des marguerittes si sympathiques tapissant la pelousse de mon lycée... Je me souviens aussi les blancs, les silences de mes heures en compagnie de mon père, figure imposante et si inaccessible... C'est peut-être tout cela, les raisons de ce penchant pour la couleur blanche qui n'en est pas une pourtant... Et puis la couleur rouge. Le bâton de rouge à lèvres de ma maman, l'emballage des pétards pour le Nouvel an chinois, les enveloppes renfermant l'argent de poche mensuel...

Ces souvenirs se mélangent et s'entrechoquent. Je ne suis que la marionette de ces malins lutins qui se moquent du Temps. Une seule terre m'est réconfortante: la ronde parfait de ses bras au matin. C'est alors que le vers de Raymond Queneau sonne en moi: "Ne cherchons pas la mer car nous la contenons dans nos larmes de joie".

1, 2 et 3

Ils sont nés un après midi de la Journée mondiale de la Femme... Face à la venue inattendue de nos nouveaux chats, je ne peux que leur souhaiter de grandir vite et bien.

La faim du Tigre

Jamais je ne m'habitue au printemps: chaque année, au moment tant attendu de la saison, le même subtil tremblement délicieux saisit ma nuque. Je comprends que l'éveil est en cours. Ce qui a été ne le sera plus, ce qui est sera mieux. Tout est neuf comme par magie.

Quelque chose a changé. Une palpitation infiniment douce et pourtant vigoureuse se pose alors sur ma corde sensible. J'ai envie d'apprendre à respirer à nouveau, de boire sans soif, de vivre sans attendre. Je suis née.

C'est donc cela le printemps: primus tempus, le début de la ronde, la fin de la marche. Départ rhizomique et prometteur. Je ne saurai cache ma niaise jubilation face à la nature qui s'étire sensuellement sous mes yeux.

Maia, Baba Dochia, Ostara: tant de divinités pour célébrer l'impatience du bourgeon. Je suis émue: ce qui est beau, c'est le renouvellement sans cesse innocent de notre fol espoir, qui naît, qui roule, qui frémit et qui tend vers la meilleure des Terres.

17 mars 2010

De rien

Et soudain une question traverse ma petite tête comme un coup de foudre: personne ne sait encore si tout ne vit que pour mourir ou ne meurt que pour renaître.

Tâchons d'entrer dans la mort les yeux ouverts. Lucides et dignes de porter nos noms depuis Adam et Eve.

De la Russie et de Noureev


La danse m'évoque l'air, les effluves, les étoiles.

Il y a la dureté de durer, de faire valser l'excellence, la discipline impitoyable des concours. Et surtout il y a, derrière les larmes et douleurs physiques, l'éclat d'être l'astre unique. D'être la grâce.

La grâce de marcher sans cesse proche des étoiles, de rêver "intra muros" des palaces réservés aux anges. Il y a la grâce d'être surtout le tableaux mouvant de la perfection.

La danse est pour moi un monde particulier, fait de contorsions et de contradictions sans cesse repoussées. On ne connaît nos limites que grâce à la douleur, dans la déchirance indicible de l'âme et du corps. L'esprit vole et le corps doit s'affranchir des lois physiques. C'est aussi cela être danseur: marcher comme un funambuliste sur le fil de l'espoir et celui de la chute redoutée.

Et il y a la Russie. C'est étrange tout de même: la danse et la Russie semblent entretenir un destin parallèle, sinon des éclats de même brillance. La grande Russie, cocon explosif du romantisme à la slave. Cocon de la grandeur avec Pierre le tsar et son amour pour les ballets. Cocon aussi de l'âme slave rebelle qui mettait du sang rouge sur un sol couvert de neige. Passion et pureté: la sainte Russie est contenue dans un verre de vodka bu cul sec.

Entre la danse et l'âme russe donc, on devine les mêmes sensations extrêmes, la même rage de rêver. Si l'on étend nos oreilles, on entendrait presque les mêmes sifflements de la folie. Sèche et pourtant si familière tels les cris d'une Sirène.

De la danse et de la Russie, je ne connais rien ou presque. Il y a bien sûr le journal de fou génial Nijinski. Il y a aussi les palais, les ballets, les secrets et les assassinats. Il y a aussi le sensuel le sexuel Noureev. Ah oui, Noureev! Danseur capable de voler et presque de s'immobiliser en plein air avec ses longs bras graciles et son corps d'animal en survie. Noureev l'envoûté qui envoûte à son tour les bas fonds de la capitale française en côtoyant les culs de sac et bordels à toute heure. Noureev le sauvage, l'insoumis, le génial.

De la danse et de la Russie, je retiendrai aussi l'image des soldats portant leurs fusils à l'épaule, rangés droits comme des "i", regardant fixement les failles dorées des reliques, comme des yeux de dieux regardant leur propre destin surhumain.

La danse, qu'est-ce sinon le sourire insoumis des dieux?

2 mars 2010

Folies


Il y a la sensuelle folie dans les vers d'un Baudelaire amoureux des îles, il y a les lignes déroutantes de la folie touchante chez un Nijinski fougueux, il y a aussi l'insouciante folie dans les chansons aigre-douces de Gainsbourg.

Et puis, il y a la folie presque mécanique liée aux actes d'une enfance avortée n'ayant point vu la beauté d'une aurore. C'est cette folie noire des hommes que Dennis Lehane a tenté de capter dans ses nombreux romans. Il faut situer les hommes et les choses. Lehane, écrivain d'origine irlandaise dont les oeuvres ont été maintes fois adaptées au cinéma avec ses best-sellers tels que Mystic river ou Gone, baby gone, a travaillé en tant qu'éducateur spécialisé pour enfants. Cela explique le thème récurrent de ses livres liés aux séquelles de l'enfance bafouée. L'exception n'est pas de mise avec l'opus Shutter Island.

Dans Shutter Island, Scorsese n'a pas épargné les neurones du spectateur; il joue même à la fléchette avec nos sens. Les scènes sont difficiles, voire insupportables. Non tant par les litres de sang que l'on voit, mais par les fanfares de la folie que l'on entend comme une symphonie menaçante. L'histoire est assez ordinaire pourtant: la pénétration visuelle (donc très physique) dans la folie d'un homme, ex-père de famille et ex-mari, n'ayant pas supporté le meurtre de ses enfants sauvagement noyés par sa femme dépressive, si bien qu'il assassine sa femme en retour... Pas très gai donc. Mais creusons davantage: ce qui est intéressant, c'est la manière qu'a la caméra de rentrer dans le cerveau du fou, avec ses souvenirs de guerre et ses traumatismes. On tente de comprendre un fou, se persuadant presque sa folie n'est que mensonge ou machination. C'est peine perdue. Commence donc une pénible escalade dans les hautes altitudes dont les crêtes ne côtoient que les limites du Bien et du Mal, notions toujours centrales dans l'oeuvre de Scorsese. On comprend alors que le Bien et le Mal sont des notions déguisées, relatives et que parfois la volonté du Bien n'est rien contre le poids de l'Histoire.

Il y a une question, que j'ai beaucoup aimé alors:"Mieux vaut vivre comme monstre froid ou mourir jeune comme homme bon?". Vous avez sans doute entendu cette question quelque part chez Balzac sous d'autre forme. Ou alors encore cette notion relativisante de croire au bien et être capable pourtant de faire du mal chez un certain Blake? Qui veut faire l'ange fait la bête... C'est tout ceci que Lehane traite dans son livre Shutter Island. Qu'est-ce le Mal, puisqu'il est la suite reproductible d'évènement historique? Que peut la bonté des hommes contre le poids de la mémoire? Peut-on continuer à vivre lorsque l'on a été violenté?

Tout ceci me fait penser à mon cher Nietzsche: il y a deux sortes de personnes, ceux qui naissent bruts et blessent et, ceux qui naissent bruts et qui se polissent à force de volonté, de sorte à demeurer comme de brillants diamants dans l'éternité de la joie... L'ange et la bête habitent en nous et sont inséparables. Mais les grands hommes ont compris depuis longtemps que le libre-arbitre est encore ce que l'homme a de plus précieux. C'est sans doute cela la vraie liberté: celle de dépasser les conditionnements de la fatalité. Oui, nous sommes condamnés à être libres. Rien de plus, rien de moins.