17 mars 2010

De la Russie et de Noureev


La danse m'évoque l'air, les effluves, les étoiles.

Il y a la dureté de durer, de faire valser l'excellence, la discipline impitoyable des concours. Et surtout il y a, derrière les larmes et douleurs physiques, l'éclat d'être l'astre unique. D'être la grâce.

La grâce de marcher sans cesse proche des étoiles, de rêver "intra muros" des palaces réservés aux anges. Il y a la grâce d'être surtout le tableaux mouvant de la perfection.

La danse est pour moi un monde particulier, fait de contorsions et de contradictions sans cesse repoussées. On ne connaît nos limites que grâce à la douleur, dans la déchirance indicible de l'âme et du corps. L'esprit vole et le corps doit s'affranchir des lois physiques. C'est aussi cela être danseur: marcher comme un funambuliste sur le fil de l'espoir et celui de la chute redoutée.

Et il y a la Russie. C'est étrange tout de même: la danse et la Russie semblent entretenir un destin parallèle, sinon des éclats de même brillance. La grande Russie, cocon explosif du romantisme à la slave. Cocon de la grandeur avec Pierre le tsar et son amour pour les ballets. Cocon aussi de l'âme slave rebelle qui mettait du sang rouge sur un sol couvert de neige. Passion et pureté: la sainte Russie est contenue dans un verre de vodka bu cul sec.

Entre la danse et l'âme russe donc, on devine les mêmes sensations extrêmes, la même rage de rêver. Si l'on étend nos oreilles, on entendrait presque les mêmes sifflements de la folie. Sèche et pourtant si familière tels les cris d'une Sirène.

De la danse et de la Russie, je ne connais rien ou presque. Il y a bien sûr le journal de fou génial Nijinski. Il y a aussi les palais, les ballets, les secrets et les assassinats. Il y a aussi le sensuel le sexuel Noureev. Ah oui, Noureev! Danseur capable de voler et presque de s'immobiliser en plein air avec ses longs bras graciles et son corps d'animal en survie. Noureev l'envoûté qui envoûte à son tour les bas fonds de la capitale française en côtoyant les culs de sac et bordels à toute heure. Noureev le sauvage, l'insoumis, le génial.

De la danse et de la Russie, je retiendrai aussi l'image des soldats portant leurs fusils à l'épaule, rangés droits comme des "i", regardant fixement les failles dorées des reliques, comme des yeux de dieux regardant leur propre destin surhumain.

La danse, qu'est-ce sinon le sourire insoumis des dieux?

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