26 février 2010

Joy can't stand division

David et Edward

L'histoire n'est pas des plus imaginatives: la rencontre de deux hommes, David l'époux et Edward l'amant, aux personnalités radicalement opposées ayant pourtant aimé la même femme durant 50 ans et qui se retrouvent, un jour pluvieux, sur la pierre tombale de la défunte, pour une confrontation nue de leurs souvenirs, secrets et mensonges.

Cette rencontre a été voulue par la défunte, apprendra-t-on plus tard dans la pièce. Flo pour David, Florence pour Edward, a voulu que ses deux hommes de vie soient eux aussi mis à nu devant leur existence et qu'ils sachent ce qu'ils ont vécu. Pourquoi a-t-elle voulu réunir, comme une marionnettiste, son mari bourru et cynique et son confident sensible et attentif? Est-ce la dernière volonté (ou machination?) d'une femme qui a vécu deux vies en parallèle, en prenant le meilleur morceau de chaque voyage? Avec les caprices d'une épouse exigée et exigeante, qui insiste pour avoir chaque matin la confiture de cerise à côtés des tartines. Avec aussi les conversations tendres d'une amante platonique, qui se confit à l'homme dont elle se refuse charnellement, tout en sachant que cet ami ne souhaite que la posséder toute entière? Là est la cruauté de Florence. Le jeu de la féminité malicieuse aussi.

Tout au long de l'évolution de la pièce, je me pose une question: et si au fond, ni David ni Edward n'est vraiment fautif? Parce qu'au bout du compte, la seule personne qui ait vraiment vécu, au sens vivre pleinement, c'est Florence. Il est vrai que souvent la femme possède des facettes déraisonnablement incompréhensibles. Mais qu'avait-elle en tête lorsqu'elle chérit tant les gants que lui offrait David, pour ensuite exiger d'Edward des baise-mains gantés? "Il est vrai, au bout d'une relation durable, il y a un peu de torture". Au bout des mensonges, il y a toujours un peu de vérité aussi.

David n'a pas été un mari exemplaire: machiste, il a (aussi) trompé Florence avec une employée de son usine de fabrication de cartons. Edward n'a pas été non plus l'amant infiniment dévoué dont il a l'air d'emprunter les masques: il a épousé quelques années plus tard Hélène et est devenu père de deux jeunes filles. N'est-ce pas ironique: afin de vivre nos désirs les plus inavoués (désir pour une autre personne, désir d'évasion, désir d'être une autre personne...), nous finissons par faire tout le contraire de ce que nous souhaitons. Et lorsque nous faisons de ce que nous désirons, nous ne pouvons nous empêcher de penser à ce que nous aurions dû éviter. La vie est ainsi un va-et-vient incessant d'affirmation et de négation, de refoulement et de vigueur, d'élan et de retirement. Peu de personnes ont le courage de vivre selon leurs propres désirs, de vivre comme s'ils sentaient pleinement que la vie leur appartient, en l'imprimant de leur individualité versatile.

Florence a vécu. Nous aurions pu croire à une femme dont la vie fut réduite au bovarysme et à une tristesse masquée par l'oreille attentive d'un ami. Mais ne nous trompons pas: c'est elle qui a vécu en conjuguant avec aisance ses facettes et secrets les plus inavoués. C'est elle qui finalement a trompé, voire a volé la vie de David, d'Edward et d'Hélène (on ne sait rien sur elle). Florence a vécu, oui. Car elle a sans doute compris que la vie ne serait jamais plus pleinement vécue qu'en affirmant notre volonté surhumaine de défroisser les non-dits et silences.

23 février 2010

Fol amour

Un deux trois orteils
Trois quatre cinq mondes aquatiques
Nous sommes à la porte des grands espoirs
Nous sommes les chiffres de nos mains

Je ne ris plus pour te regarder
Je te regarde pour mieux me taire
Les grands silences sont bruyants
Et les oiseaux sont tous enfants de saison
Nous sommes les chiffres du hasard

Quelque part nos pieds se touchent
Quelque part nos racines sont lascives
Et les méduses de tes regards
Et les lacets de ma poitrine
Mon fol espoir mon unique oeil

Un deux trois orteils
Quatre cinq six portes
Au seuil de ton coeur
Se perd les chiffres de ma marelle

Be a Lady


Je n'ai pas changé: malgré le cortège des secondes quotidiennes rythmé "boulot-métro-dodo" et les übersexuels qui m'entourent au travail, je suis toujours capable de dérouler ma petite larme devant un bon film sentimental, lovée dans le cercle parfait des bras de mon homme. Hier soir, ARTE, en chaîne européenne responsable de l'harmonie psychique individuelle, projette donc le film d'Ang Lee, "Raisons et Sentiments". C'est toujours un plaisir pour moi de regarder un réalisateur chinois évoluer avec des classique occidentaux cités comme des références en la matière: l'exercice inter-culturelle n'est pas facile et notre Ang Lee national s'en sort très bien.

L'histoire de ce couple de soeurs Marianne/Elinor est somme toute assez banale: la première aime et souffre toujours avec ostentation et s'insurge contre toute forme de relation amoureuse dénuée de passion et de transport. La deuxième, l'aînée, Elinor (jouée par une Emma Thomson lumineuse) est tout aussi sensible mais dissimule ses émotions sous le poids de la réserve que lui a conféré son éducation et sa nature discrète. Ces deux soeurs aux caractères fort différents vont tantôt être l'élève de la raison, tantôt celui des sentiments. Elles sont parfois aidées du destin, il y aura parfois des larmes.

J'ai toujours été sensible aux concepts tels que "temps", "choix" (le choix est d'ailleurs l'acte au monde qui ressemble le plus au suicide) ou encore du fameux "effet papillon" (comprendre les conséquences imprévisibles de nos actes et paroles). Ce qui me fascine, ce sont les gens et le tissage si délicat des liens humains. Je n'aime pas les facilités, les choses toutes faites. Ce que j'aime, c'est découvrir les failles, les nuances, les amortisseurs. Nous sommes toutes enclines à nous poser des questions graves. Mais au fond, sommes-nous aussi courageuses que nous le prétendons? Et si nous le sommes, le destin peut-il être compatissant et nous donner un petit coup de pouce?

L'amour n'est pas une fatalité aux éclats trompeurs. Mais ce qui est malheureux, ce n'est pas tant le manque de chance que le manque de courage qui émane de certains esprits. J'admire ceux qui possèdent cette détermination à vouloir le mieux à la place du bien. Pour ma part, je crois fortement que, si les destins entrelacés sont au-delà de notre compréhension, le fait d'encourager un amour naissant, de lui donner ses chances de s'épanouir, tient de notre volonté et de la nôtre seule. L'amour est une probabilité, ce que nous en faisons après le point de rencontre, c'est de notre ressort. Nul ne peut se charger d'écrire les pages de votre vie à la place de votre propre plume.

17 février 2010

Pot pourri sent bon!

La parisienne est par essence née à l'étranger, c'est tellement plus chic et originale. Petit scénario possible: elle a posé ses valises à Paris le temps de ses études lettres latines à la Sorbonne ou lors d'un stage requin effectué à la Défense, entourée de mâles en cravates Prada. Puis, notre étrangère est tombée sous le charme et les beaux yeux vert-gris de son amoureux rencontré dans le troquet d'un bar popu.
La parisienne n'est pas née à Paris, bon dieu que non, mais elle cultive le métissage si personnel des influences qu'elle enrichit tout Paris de ses fantaisies. Carla Bruni n'est pas parisienne mais elle est tellement "amoureuse" de notre Nico que ça me touche un peu quand elle chante "Je suis ton amoureuse"...
C'est pour tout ça que la question de l'identité nationale me fait sourire: aujourd'hui, qui est vraiment un parisien ou un niçois de souche? Il paraît que dire "souche" fait mouche. Bon. Moi, je suis française d'origine chinoise et vais épouser un belge qui habite à Paris depuis plus de 14 ans. Nos enfants seront-ils fatalement parisiens? Ce qui définit l'âme d'une ville vient de son histoire sans cesse renouvelée, de son entrain face à la modernité, de ses traditions préservées aussi. Ce qui confère tant d'attachement aux habitants d'une grande ville vient de là: le métissage, la moulinette des tendances et le nectar des rapports humains.

Assez c'est assez. Ce soir je sors avec mon mec. Règle d'or à savoir pour ceux qui habitent Paris: ne JAMAIS sortir le week end!

15 février 2010

My funny valentine...

My funny valentine
Sweet comic valentine
You make me smile with my heart
Your looks are laughable
Unphotographable
Yet you are my favourite work of art

Is your figure less than greek
Is your mouth a little weak
When you open it to speak
Are you smart?

But don't change a hair for me
Not if you care for me
Stay little valentine stay
Each day is valentines day

10 février 2010

Le difficile est suprême

Nous savons peu de choses, mais qu'il faille nous tenir au difficile, c'est là une certitude qui ne doit pas nous quitter. Il est bon d'être seul parce que la solitude est difficile. Qu'une chose soit difficile doit nous être une raison de plus de nous y tenir. Il est bon aussi d'aimer ; car l'amour est difficile. L'amour d'un être humain pour un autre, c'est peut-être l'épreuve la plus difficile pour chacun de nous, c'est le plus haut témoignage de nous-mêmes ; l'oeuvre suprême dont toutes les autres ne sont que les préparations. C'est pour cela que les êtres jeunes, neufs en toutes choses, ne savent pas encore aimer ; ils doivent apprendre. De toutes les forces de leur être, concentrées dans leur coeur qui bat anxieux et solitaire, ils apprennent à aimer. Tout apprentissage est un temps de clôture. Ainsi pour celui qui aime, l'amour n'est longtemps, et jusqu'au large de la vie, que solitude, solitude toujours plus intense et plus profonde. L'amour, ce n'est pas dés l'abord se donner, s'unir à un autre. Que serait l'union de deux êtres encore imprécis, inachevés, dépendants ? L'amour, c'est l'occasion unique de mûrir, de prendre forme, de devenir soi-même un monde pour l'être aimé. C'est une haute exigence, une ambition sans limite, qui fait de celui qui aime un élu qu'appelle le large. Dans l'amour, quand il se présente, ce n'est que l'obligation de travailler à eux-mêmes que les êtres jeunes devraient voir. Se perdre dans un autre, se donner à un autre, toutes les façons de s'unir ne sont pas encore pour eux. Il leur faut d'abord thésauriser longtemps, accumuler beaucoup. Le don de soi-même est un achèvement : l'homme en est peut-être encore incapable.

You who never arrived

You who never arrived
in my arms, Beloved, who were lost
from the start,
I don't even know what songs
would please you. I have given up trying
to recognize you in the surging wave of the next
moment. All the immense
images in me— the far-off, deeply-felt landscape,
cities, towers, and bridges, and unsuspected
turns in the path,
and those powerful lands that were once
pulsing with the life of the gods—
all rise within me to mean
you, who forever elude me.

You, Beloved, who are all
the gardens I have ever gazed at,
longing. An open window
in a country house— , and you almost
stepped out, pensive, to meet me.
Streets that I chanced upon,—
you had just walked down them and vanished.
And sometimes, in a shop, the mirrors
were still dizzy with your presence and, startled,
gave back my too-sudden image. Who knows?
perhaps the same bird echoed through both of us
yesterday, separate, in the evening...

Que l'été vienne pour vous...

Pour mes deux si chères amies: Céline et Caroline.

"Un an ne compte pas, dix ans ne sont rien, être artiste c’est ne pas compter, c’est croître comme l’arbre qui ne presse pas sa sève et qui résiste, confiant, au grand vent du printemps, sans craindre que l’été ne vienne pas. L’été vient".

Le monde est cute

Quelle est la nouvelle façon de se détendre au bureau entre deux dossiers rébarbatifs? S’offrir un vrai moment de tendresse en visionnant entre collègues des vidéos de bébés rieurs ou de chatons maladroits sur YouTube. Essayez, c’est magique. Soudain, la chef de service revêche s’illumine, l’informaticien pète-sec roucoule, et vous-même ne pouvez vous empêcher de pousser de petits cris de joie.

Mignon ou cute, en anglais, à prononcer à l’américaine ("c’est tellement kiute!"). En 2010, la tendance cute est partout. Cute, donc, ces mignons chatons sortant leur tête d’une chaussure, dont YouTube fait son business, ou cet adorable bébé qui s’esclaffe lorsque son papa s’exclame « Bing ! » Cute aussi, les produits Hello Kitty – la petite chatte japonaise dont on vient de fêter le 35ee anniversaire et qui orne la ligne de vêtements Victoria Couture ou des accessoires « adultes » comme des toasters ou des téléviseurs. Moi, j'ai toujours eu du mal avec tout ça.

Trop mignons encore, les cupcakes – qui ont remplacé les macarons au hit-parade des douceurs hype -, la mode des designer toys destinés aux adultes, les doudous tricotés d’Anne-Claire Petit ou l’expo Beat Takeshi Kitano – à la Fondation Cartier – qui se propose de transformer le musée en parc d’attractions. Cute toujours, la rétrospective Aglaé et Sidonie au Forum des Images, la Nissan Cube ou les chanteurs comme Katy Perry et le nouveau duo français Lilly Wood & The Prick, qui se bâtissent une image au kitsch enfantin.

Bref, un univers coloré, gentillet, régressif a envahi notre quotidien et nous souffle cette question : pourquoi tant de douceur dans notre monde de brutes? Ah ce côté happy, faussement naïf et presque niais me gonfle un peu. Lorsque je vois dans les rues de notre belle capitale, temple de la mode depuis des siècles, je ne peux m'empêcher de regarder un oeil étrange ces filles dans les nuages qui veulent paraitre douce comme un furet. Ou ces cinquantenaires femelles qui parlent aux bébés inconnus comme si ces derniers étaient des débiles:" mais qu'il est mignon le petit, oh mais si, il est trop meugnon!" Vous avez compris, je ne suis pas une fillette sucrée.

Il y a une dizaine d’années, de jeunes adultes organisaient des soirées Casimir et se gorgeaient de boissons sucrées. Un mot, l’adulescence, avait même été créé pour désigner cette génération de 25-35 ans dont la postadolescence semblait se prolonger indéfiniment. Un vrai phénomène d’infantilisation d’une société qui refuse de vieillir. Comme tendrait à le prouver le phénomène d’emballement pour la pub des bébés Evian montés sur rollers.

Tout le monde il est cute, tout le monde il est gentil, soit. Pourtant, à y regarder de plus près, sont-elles si mignonnes que ça, ces vidéos faites maison de chatons mis dans des situations parfois périlleuses, ici dans un tiroir de bureau, là sur le gril (éteint) d’un barbecue ? Et à l’émerveillement amusé face à ces peluches animées, ne se mêle-t-il pas la bonne dose de sadisme propre à l’amateur de « Vidéo Gag » ?

"Toute mode ou toute tendance exprime à la fois une pulsion, et une défense contre cette pulsion". Parole de psy. Et derrière l’adorable animal, il y a forcément un rappel de ce qu’on avait voulu cacher. À savoir une certaine cruauté. À cute, cute et demi. L’abus de bébés ou de chatons sur ordinateur ne signifie pas forcément que votre chef de service est devenu une crème. Car le bébé comme le chaton sont des figures paradoxales. Le bébé fascine, car il symbolise ce merveilleux moment de notre vie où nous étions libres et applaudis quoi que nous fassions. En même temps, cet être doué d’un formidable égoïsme ne recherche que son plaisir et hurle si on ne lui sert pas son biberon à temps. Eh oui, bam!

Quant au chaton, n’oublions pas qu’un jour il deviendra grand, et cessera d’être ce jouet animé pour devenir un félin qui arrache les ailes des moineaux. Bref, le phénomène cute est une mode doucereuse au sens où on l’entend dans le langage courant. À savoir : d’une douceur, mielleuse, derrière laquelle se cache une certaine agressivité.

Désolée, mais la pintade a du mal avec la naïveté.

8 février 2010

Lipp ou le temple de la tradition


"Vous l'enverrez à l'Élysée!" Roger Cazes, l'emblématique patron de Lipp, était aussi l'un des hommes les mieux informés de Paris. Ce 2 avril 1974, l'ambassade de Suisse vient de lui apprendre la mort de Georges Pompidou. Il se rue vers François Mitterrand, l'un de ses plus illustres clients. Celui-ci se lève d'un bond et se précipite vers la sortie, sans demander l'addition. Cazes le rappelle à l'ordre. Le leader du Parti socialiste, croyant plus que jamais en son étoile, lui rétorque cette phrase devenue historique. Bienvenue chez Lipp, l'épicentre du Paris des décideurs, du show-business et des écrivains.

Une chope de bière en guise d'enseigne, du cervelas rémoulade en entrée et une choucroute en plat de résistance. L'établissement porte encore les stigmates de ses origines. Quand Léonard et Pétronille Lipp ouvrent en 1880 leur restaurant boulevard Saint-Germain, ils ne font pas mystère de leurs racines. La Brasserie des Bords du Rhin attire immédiatement les Alsaciens-Lorrains venus à Paris après la guerre de 1870 et le rattachement de leurs départements à l'Allemagne. Le restaurant connaît un franc succès. Convivial, pas cher, de taille modeste, il trouve immédiatement une clientèle, sans rivaliser avec Le Procope, la star du quartier sise quelques centaines de mètres plus loin à l'Odéon. Mais la guerre de 14 vient troubler ce bel ordonnancement. Difficile de laisser le mot Rhin en devanture quand des dizaines de milliers d'hommes se font tuer par des soldats germaniques. On retire donc les lettres de la discorde. Pendant quelques années, le 151 boulevard Saint-Germain s'appellera la Brasserie des Bords. Un nom un peu abscons qui pousse les fidèles à dire : «On va chez les Lipp»... Le pli est pris, bien que les fondateurs aient déjà revendu leur repaire.

En 1920, Marcelin Cazes, un bougnat venu des environs de Laguiole, prend les commandes du navire. Le succès ne se dément pas. Il faut agrandir les lieux et annexer la petite cour attenante. Les travaux débutent en 1925. La réouverture du restaurant est un événement germano pratin. L'Auvergnat achève de faire entrer Lipp dans la légende. Les céramiques murales de Léon Fargues, les plafonds peints par Charly Garrey, les banquettes en moleskine marron et la porte à tambour attirent tous ceux qui ont envie de voir et d'être vus. On passe de 10 à 100 tables. Françoise Sagan, Joseph Kessel, Léon Blum, Albert Cossery, Antoine de Saint-Exupéry, Charles Lindbergh, Jean-Paul Belmondo, Romain Gary, Yves Montand et Simone Signoret, Marcello Mastroianni ... un bottin mondain ne suffirait pas à énumérer les convives qui ont été reçus par Marcelin Cazes. «Les gouvernements tombent à la Chambre et se font chez Lipp», dira d'ailleurs Antoine Pinay pour souligner que c'est là que s'échangent les secrets d'alcôve et les rumeurs les plus improbables, ou que se fomentent les complots les plus pernicieux.

Pendant ce temps, Saint-Germain-des-Prés devient le centre du monde littéraire. Lipp veut avoir son mot à dire et crée en 1934 un prix qui doit mettre le pied à l'étrier à un jeune auteur. Il devient rapidement un événement parisien mobilisant jour nalistes et lettrés. Kléber Haedens (1938), Suzanne Prou (1972), Jean Chalon (1976), Olivier Todd (1981) ou Gilles Lapouge (1996) y gagnent leurs galons de grands écrivains.

Le plan de table dépend de votre surface sociale. En 1955, Marcelin passe le flambeau à son fils Roger, «le troisième personnage de l'Etat après le président de la République et celui du Sénat», dira l'écrivain Jean Diwo. Le bal reprend de plus belle. Le nouvel homme fort développe un sens aigu du placement. Les touristes ou les néophytes mal habillés sont relégués au premier étage, appelé « l'enfer ». Parfois, pour dissuader quelques persona non grata, on leur dit que l'attente dépassera les quatre-vingt-dix minutes. Au rez-de-chaussée, il y a la salle du fond, surnommée « le purgatoire », où les disgraciés sont envoyés en pénitence. Mais même au paradis, le placement est un indice de l'importance que l'on vous accorde et de votre surface sociale. A droite contre le mur - le meilleur moyen de surveiller les allées et venues -, à gauche dans le prolongement de l'entrée - plus bruyant et moins prestigieux. Les meilleures tables sont situées à la naissance du bar - la n° 1, que prisait François Mitterrand et aujourd'hui Pierre Bergé, la 8, dite « radiateur bis » ou « table des amoureux », à droite de l'entrée, qui accueille Monica Bellucci et Vincent Cassel ou Jorge Semprún et son épouse, et la 24, juste à gauche de la porte à tambour, qu'occupe régulièrement l'éditeur Jean-Marc Roberts.

Aussi bien réglé soit-il, le ballet des clients donne parfois lieu à quelques entrechats... Jean-Edern Hallier était un client agité. Plusieurs fois coupable de grivèleries, il se battit même devant l'établissement avec Angelo Rinaldi, dont il n'avait pas apprécié un article. Mais son plus haut fait d'arme fut le coup de gueule qu'il piqua contre un serveur qui avait attribué « sa » table, la 24, à des touristes hollandais. Pour le faire patienter, on lui offrit un verre de vin. Les envahisseurs bataves ne voulant rien savoir, le ballon de rouge finit sur leurs visages et leurs vêtements. Verdict : plusieurs mois d'interdiction de séjour pour l'écrivain... Mais il revint. A la différence de Mehdi Ben Barka. Le 29 octobre 1965, l'opposant marocain se fait enlever en sortant du restaurant. On ne le reverra jamais.

Entrer chez Lipp, c'est un peu entrer en religion. Rares sont ceux qui changent d'Eglise, rassurés par un rituel presque immuable. Claude Guittard, directeur de la brasserie, se souvient : «Lorsqu'elle signe en 1880 le bail à Léonard Lipp, la veuve Moureau ajoute une clause résolutoire. Le service ne doit être fait que par des hommes. Cent trente ans plus tard, nous n'avons pas dérogé à la règle. Leur uniforme non plus n'a pas bougé: rondin, gilet, tablier blanc et un numéro sur chaque serveur, de 1 pour le plus ancien à 23 pour le dernier arrivé.» Quant à la carte, elle n'a pas varié en soixante ans, pas plus que les plats du jour. Depuis Marcelin Cazes, le Coca-Cola est proscrit. Autre tradition, l'horloge avance de sept minutes. C'était le temps que députés et sénateurs mettaient pour rejoindre leurs assemblées, équidistantes du boulevard Saint-Germain. Sous la IVe République, les parlementaires avaient l'habitude de traîner à table. Par ce subterfuge, ils pouvaient quitter le restaurant à l'heure de leur rendez-vous et ne pas arriver en retard... Il fallait y penser.

Avec les années, Boubal, le patron du Flore, Mathivat, celui des Deux Magots, et Cazes sont devenus les maîtres du carrefour de Saint-Germain-des-Prés. Loin de se faire concurrence, ils trouvèrent un modus vivendi. Normal, ces trois Auvergnats préféraient s'échanger leurs clients plutôt que de se livrer à une guerre des prix... Lorsque, en 1987, Roger Cazes disparaît, on craint le pire. Que va devenir Lipp ? On évoque les pires scénarios. Sa veuve tient bon et place un neveu du défunt en pole position, puis Claude Guittard en 2000, un Auvergnat, ancien chef de rang. Bon sang ne saurait mentir. En 2002, le groupe Bertrand... (d'origine auvergnate), propriétaire d'Angelina, Bert's et du Sir Winston, reprend le bail et la gestion du restaurant. Un seul mot d'ordre prévaut : surtout ne toucher à rien ! Comme les diamants, Lipp est éternel.

4 février 2010

Rock you!


Je ne connaissais pas le côté branché ou rock du quartier froid et financier de la Bourse. Calé dans une petite rue (rue Faydeau), à deux pas du restaurent Le Versance (où vous pouvez croiser Olivia Ruiz notamment), il y a aussi le bar Truskel. Un bar concert live où nos amis Bloc Party, Mando Diao sont passés. La serveuse est dynamique et fait de très bons cosmopolitans! Je vous conseille de passer un peu tard, sinon vous risquerez de croiser des amateurs de foot... Si une petite faim vous appelle, pensez à manger une petite pizza en sortant à gauche du bar. Le patron est sympa et on y mange pour rien du tout... Alors, si on rock un peu la Bourse?

2 février 2010


C'est vrai, une fille, c'est un peu compliqué, certains esprits délicats diront "subtils" ou "sophistiqués". Mais chère communauté des pintades, il faut appeler un chat...un chat. Les filles sont des ovnis, des êtres étranges pour la gente masculine. Les dindons nous trouvent contradictoires, changeantes, versatiles, ne sachant à quel saint se vouer. Bref, les pintades sont de vraies casses-têtes dans un gant de velours. Nous sommes fortes et fragiles à la fois.

Hier soir, par exemple, j'aurais tellement envie que mon mec me garde au chaud dans ses bras, pendant que je jette un coup d'oeil affamé sur le beau visage de Johnny Depp. Mais non, Manuel a préféré vaguer à ses affaires d'immobilier.
Quand je lui dis: "sois avec moi chéri, regardons ce film ensemble",
il me répond:" mais je suis avec toi,regarde, je suis juste assis à tes côtés..."

Ah les garçons qui ne comprennent pas le désir des fifilles montées en sucre comme moi. Quand on dit "ensemble", on veut dire être imbriqué l'un dans l'autre, se blottir, se toucher. Et puis être ensemble ne veut pas dire que l'on le soit vraiment.

Compris?