
"Prendre un coup de vieux" comme diraient les jeunes qui ne vieillissent jamais, c'est toujours prendre un coup de massue dont on se remet des jours et des jours après. En plus, comme je suis née en plein hiver, ça rend - ma foi - le spleen encore plus noir, plus "no exit". C'est vrai quoi: comparer à ceux qui sont nés en été ou au printemps, la saison de ma venue au monde est loin d'être la symphonie favorite de Vivaldi. Etre née plein hiver, c'est un peu allier le feu et la glace, pas étonnant que je sois fascinée très jeune par l'Islande. Que voulez-vous: même les plus téméraires "accoucheuses de vie" (je ne taris jamais d'éloges sur ma sainte maman) doivent doubler leurs efforts chevaleresques pour achever la gestation du mammifère, pour donner naissance à une pintade. C'est schacalatchka.
Il y a donc X années (je tais mon âge par pur égo: ça a des effets anti-rides puis, des effets de LSD), ma sainte mère a mis au monde une petite boule de chair, un 22 Janvier. En plein hiver, vous l'avez compris. Temps sec et froid. Paysages enneigés. Grand soleil. Vous vous dites, avec ces indications paysagistes, que je suis née en Sibérie orientale? Non, je suis née à Wuhan, et ne me dites pas que vous auriez pu le deviner! Bon, ce n'est qu'une petite ville chinoise de 8 millions d'habitants au sud du fleuve Jaune, on passera par là la prochaine fois. Entre scolarité chinoise sélective et "parcours républicain" (comprendre "classe prépa puis Sciences Po Po"), la pintade a bien grandi. Elle mesure maintenant 1m73 et pèse environ 50 kilos. Mon LMC avoisine celle de Kate Moss. Grosse muse en perspective donc.
A l'âge de 10 ans, j'arrive en France, à Metz précisément. 7 déménagements en 6 ans. Je passe mon adolescence à rêver, à écrire, à être ermite avec mes tomates cerises (comprendre "boutons d'acné tenace"). Je refusais de parler aux gens (tu m'étonnes avec mes boutons...) et croyais à l'existence des licornes et lutins des bois (pour me sauver des boutons?). Puis, en changeant de marque de nettoyant de peau entre autres (de Biactol à Sisley, en passant par Bobbie Brown ou YSL), j'ai compris définitivement que je vieillis, que l'enfance est bel et bien terminée, que les licornes s'éloignaient de moi, qu'il est temps de prendre ses responsabilités et de grandir un peu. Aujourd'hui, je rêve donc moins et travaille plus. Je passe plus de temps à lire les Echos qu'à lire les histoires des deux filles de Cottingley.
Est-ce un bien ou un mal? Je l'ignore. Comme dirait mon "joli-papa" (mon beau-père au fait, vous l'aviez compris), "les choses ne s'apprécient qu'avec du temps". Donc patience, pintade. Avoir un an de plus, c'est dur. On n'y peut rien contre la gravité. Sacré Newton, qui a filé la dépression à pas mal de femmes avec sa petite pomme tombant de l'arbre. Avoir un an de plus et donc on a envie d'être chiante ce jour là, car on a envie de magie, de miracle. Un an de plus et on ne pense plus que Disneyland est l'endroit le plus heureux de la planète. On se réveille, "open your eyes" comme dirait le prologue de Vanilla Sky. Mais d'un autre côté, je me dis que je suis mieux dans mes pompes aujourd'hui qu'avant. A 18 ans, je m'exaltais, genre "rock and sleepless". Aujourd'hui, je suis plus sereine, plus posée, genre "rock and...rock" . Et si gagner en âge était synonyme de bonheur? Et si au fond, le vrai sens de l'enfance était celui qui nous rendrait plus humain, plus courageux, malgré l'avancement de l'horloge? Et si vieillir, tout compte fait, c'est plus devenir qu'avoir?



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