29 décembre 2009

Etre gentil, c'est bon pour soi-même?


Voici venu le temps des bonnes résolutions. Et si, en 2010, on tentait de cultiver une qualité un peu désuète, la gentillesse ? Encore faut-il réhabiliter cette notion souvent disqualifiée. On rabâche aux enfants d'être gentils mais une fois devenus adultes, on associe cette vertu à de la faiblesse, voire à de la bêtise. Ce qualificatif échoit le plus souvent à ceux qui n'arrivent pas à s'affirmer, qui ne savent pas dire non. Bref, aux faibles qui se laissent faire ou à ceux qui n'ont pas d'autres qualités à faire valoir.

Par quelle métamorphose une qualité louée dans l'enfance devient-elle presque un défaut chez les adultes ? Le temps est venu de changer radicalement la façon de concevoir la gentillesse! Nous avons tout à gagner à être bons envers ceux qui nous entourent et beaucoup à perdre à ne pas l'être. Je pense que la gentillesse est le facteur déterminant de notre degré de réussite. Eh oui, c'est que la pintade réfléchit!

Au diable les clichés des gentils loosers et des méchants gagnants. Je crois aux vertus de la bonté non pas par conviction religieuse mais par expérience personnelle et pour ses bienfaits. Pour convaincre les sceptiques, les scientifiques et médecins mettent en avant les avantages qu'on en peut retirer. "Les études scientifiques ont montré qu'il existe plusieurs bénéfices à être gentil. Quand vous faites une bonne action, vous activez une zone liée au plaisir dans le système mésolimbique du cerveau, la même que celle qui est activée par les drogues, la bonne nourriture et le sexe! Par ailleurs, les études montrent que la probabilité que des personnes fassent de bonnes actions envers vous et même envers les autres augmente si vous-mêmes en faites envers eux! C'est donc scientifique et nul ne peut prétendre être au-dessus de la science. Parole de pintade.

Finalement, la générosité, expression concrète de la gentillesse, ça rapporte. Donner crée une dette et engendre un cercle vertueux. Marcel Mauss (non, ce n'est pas le créateur de Mickey...), anthropologue que j'ai étudié lors de mes années à Sciences Po Po, a analysé son importance dans la société humaine. Le don crée du lien social et s'accompagne de l'obligation de recevoir et de rendre. En étant généreux, on fait non seulement plaisir aux autres mais à soi-même en renforçant son estime de soi. Ceux qui donnent aux associations ou font des cadeaux à leurs amis seraient même plus heureux, à revenus égaux, que ceux qui dépensent leur argent pour eux-mêmes, si l'on en croit une étude menée par une équipe de l'université de Colombie-Britannique (Vancouver) et de la Harvard Business School, publiée en mars 2008 dans la prestigieuse revue Science.

Mais qu'est-ce au juste que la gentillesse ? Cette qualité ne se nourrit pas de bonnes intentions mais d'actions généreuses et de critiques constructives. Trois éléments caractérisent une bonne critique : premièrement, elle a lieu en privé ; deuxièmement, elle est formulée dans l'espoir de faire évoluer le comportement du destinataire ; troisièmement, elle est énoncée avec sympathie.

Sortir de son petit confort frileux n'est pas toujours facile et parler vrai suppose parfois une bonne dose de courage. "La gentillesse n'est pas de façade, considère Thomas d'Ansembourg, psychothérapeute. Nous avons souvent appris à porter un masque de complaisance en taisant nos colères, nos désarrois ou nos désaccords pour ne pas déranger. La bonté, elle, nous invite à oser être vrai." Il ne s'agit pas de balancer ses quatre vérités à celui avec qui l'on est en désaccord, mais d'exprimer avec sincérité et bienveillance ce que nous ressentons, ce qui suppose estime de soi et confiance en l'autre.

La vraie gentillesse n'est donc pas un sentiment angélique et n'a que peu de choses à voir avec celle qu'on nous a apprise enfant et qui parfois frisait l'hypocrisie. "L'éducation dont nous sommes pétris laisse peu de place à l'expression des désaccords et aux conflits, considère le psychothérapeute. On ne cherche pas à écouter ce qu'il y a dans le coeur des gens."

La bonté procède par empathie, écoute, attention à l'autre. C'est tout un art. Etre vraiment gentil avec les autres suppose d'avoir fait un travail d'intériorité pour identifier nos besoins. Bref, d'être gentil envers soi-même. Ben oui, je vous dis que c'est scientifique! Et de toute façon, ce que nous faisons à autrui revient toujours d’une façon ou d’une autre. La bonté comme le reste. Je sais, je sais, c'est dur...

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